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Injections amincissantes: après la perte massive de poids, le malaise de cette peau en trop

Article original publié le 23 juin 2026 dans le 24heures et La Tribune de Genève.

«J’ai des patients qui ne se reconnaissent plus, ils se trouvent un air fatigué, vieilli.»

Dresse Teresa Rotunno
Spécialiste FMH
en chirurgie plastique
reconstructive et esthétique.

Dommages collatéraux

Maigrir rapidement sous Wegovy peut laisser d’importants excédents de peau sur le ventre. Les demandes de remodelage sont en nette hausse, mais ces interventions dépassent souvent 10’000 francs et sont rarement prises en charge par la LAMal.

Anne*, 38 ans, de profession médicale et maman, s’est longtemps battue contre ses kilos en trop. Après sa grossesse, il y a six ans, sa balance affichait 88 kilos. «Cela ne pouvait plus continuer. Inspirée par une collègue qui se piquait au Wegovy, j’ai à mon tour franchi le pas.» Comme l’Ozempic, le Wegovy est un médicament utilisé pour perdre du poids rapidement. Il contient de la sémaglutide, une substance qui imite l’hormone intestinale GLP-1, envoie des signaux de satiété au cerveau et ralentit la digestion.

Pour Anne, l’objectif initial était de redescendre à 60 kilos, la prise de Wegovy étant une «béquille» dans une prise en charge globale comprenant pratique sportive et rééquilibrage alimentaire. Le traitement, d’une efficacité redoutable, lui fait perdre en une année plus de 30 kilos. Sa balance affiche aujourd’hui 52 kilos. Sa perte de poids est aussi massive que rapide. Mais son enveloppe cutanée ne s’est pas rétractée simultanément. «Lors de mes précédents régimes, ma peau, alors plus jeune, s’était retonifiée. Mais cette fois-ci, à l’aube de la quarantaine, après une grossesse et une perte de près de 36 kilos, elle n’a pas pu se retendre.»

De la peau en trop

Le relâchement cutané était particulièrement visible au niveau de l’abdomen et de la poitrine. «C’était très difficile à vivre. J’avais maigri pour me sentir bien dans ma peau or celle-ci, vidée et surabondante, était devenue la raison pour laquelle je ne parvenais plus à apprécier mon corps.» Pour se le réapproprier, la Genevoise s’est tournée vers la chirurgie plastique. Il y a tout juste une dizaine de jours, elle a subi deux opérations. Une abdominoplastie complète, durant laquelle le spécialiste a découpé l’excédent de peau de son ventre, l’a retendue avant de replacer son nombril au bon endroit.

Dans la foulée, Anne a aussi fait refaire sa poitrine. Le chirurgien lui a placé des prothèses et réalisé un lifting mammaire. La Genevoise n’a pas encore reçu toutes les factures, mais le devis total pour les deux opérations était de 22’000 francs. Une partie de cette somme devrait être reprise par l’assurance de base: pendant l’abdominoplastie, le chirurgien a dû remettre en place l’écartement des deux grands muscles verticaux du ventre de la Genevoise apparu à la suite de sa grossesse.

Anne le dit sans détour: «Les opérations étaient franchement douloureuses. Surtout lorsque le chirurgien a dû remettre en place les abdominaux et quand il a dû passer les prothèses mammaires sous les muscles pectoraux…» Mais la trentenaire ne regrette rien. «Les cicatrices restent petites et dissimulées. Celle de l’abdominoplastie est masquée par le slip et, pour la poitrine, il n’y en a qu’au niveau du mamelon. Cela reste très discret. Et ce n’est de toute manière rien en comparaison de ma peau relâchée qui pendait. Pour moi, c’était devenu un complexe quotidien.»

Les dommages collatéraux du Wegovy

Anne n’est de loin pas la seule à s’être tournée vers la chirurgie esthétique à la suite d’un traitement au Wegovy. «C’est un peu comme quand on gonfle un ballon, illustre la doctoresse Teresa Rotunno, spécialiste FMH en chirurgie plastique reconstructive et esthétique à l’Hôpital de La Tour à Genève et au Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL) à Nyon. Lorsqu’il se dégonfle d’un coup, sa surface devient toute fripée. C’est grosso modo la même chose qui arrive à la peau.» Certains facteurs biologiques aggravent encore le déclin de l’élasticité. «Une perte pondérale trop précipitée, disons plus de 5 kilos en un mois, peut empêcher une bonne rétraction de la peau, et aura pour effet un résultat esthétique moins bien accepté par le patient», ajoute Cédric Benoit, spécialiste en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique à Genève.

S’ajoutent à cela encore d’autres paramètres. Cédric Benoit cite des exemples. «Le photovieillissement, c’est-à-dire l’exposition au soleil, fragilise la peau, tout comme les corticoïdes ou les grossesses.» Et plus on vieillit, plus la peau perd de son collagène et de son élastine. Ce qui lui donne sa souplesse, explique la doctoresse Teresa Rotunno: «À 25 ans, la peau peut reprendre sa forme initiale. Mais à 40 ou 50 ans, un relâchement important est souvent irréversible.» Et le sport et le renforcement musculaire ne suffisent pas à remonter l’affaissement des tissus. «Les hommes qui vont à la salle pour faire leurs pectoraux, ça va leur permettre de lifter un peu la peau, image Michele Zanzi, médecin spécialisé en chirurgie plastique, esthétique et reconstructrice. Mais quand l’excédent atteint voire dépasse dix centimètres, il faut couper et retendre.»

Abdominoplastie et compagnie

Il n’y a du reste pas que le ventre ou la poitrine qui sont concernés. À l’abdominoplastie et la reconstruction mammaire peuvent s’ajouter d’autres opérations de remodèlement de la silhouette. Comme la brachioplastie, c’est-à-dire le lifting des bras durant lequel on retend la peau relâchée et on retire l’excès de graisse de la face interne des bras. Ou la cruroplastie, le lifting des cuisses. Chez certains patients, la fonte de la graisse faciale affaisse les bajoues, creuse les tempes et accentue les rides. C’est le fameux «Ozempic face». «J’ai des patients qui ne se reconnaissent plus, ils se trouvent un air fatigué, vieilli, ajoute la doctoresse Teresa Rotunno. On privilégie alors des approches issues de la médecine esthétique, avant d’envisager un lifting. On peut proposer par exemple des traitements comme le lipofilling, l’injection de sa propre graisse là où elle vient à manquer, ou des traitements comme l’acide hyaluronique et les biostimulateurs de collagène.»

À mesure que les chairs se vident, les salles d’attente des spécialistes se remplissent… «Les séquelles cutanées existaient déjà après les lourdes interventions type bypass gastrique, sleeve gastrectomie ou anneau gastrique, rappelle Michele Zanzi. Ce qui a fondamentalement changé, c’est l’accessibilité et la rapidité de la perte de poids. La démocratisation des coupe-faim médicamenteux – que certains se procurent de manière non encadrée en ligne – a décuplé le nombre de personnes confrontées à des excédents de peau. Dans mon cabinet, les consultations pour ce motif ont tout simplement doublé depuis deux ans.»

Opérations de chirurgie esthétique en hausse

«Avant 2024, dans mon cabinet, les interventions visant à retendre la peau concernaient des patients qui avaient réussi à perdre beaucoup de poids sans traitement ou qui avaient bénéficié d’une chirurgie bariatrique, relève Cédric Benoit. Désormais, ces demandes touchent aussi une patientèle qui a maigri rapidement grâce au Wegovy. Elles représentent une part croissante de mon activité.» Tous nos spécialistes insistent néanmoins sur un prérequis non négociable avant toute incision: la stabilité pondérale. «Je n’opère pas tant que le poids n’est pas stable depuis au moins quatre à six mois», indiquent Cédric Benoit et ses collègues.

Pour qu’une abdominoplastie (intervention consistant à retirer l’excédent de peau situé sous le nombril et à repositionner ce dernier) soit prise en charge, plusieurs conditions doivent être remplies. Le patient doit notamment présenter un tablier cutané important: le relâchement de la peau du bas-ventre forme un pli qui retombe largement sur le pubis, provoquant des infections bactériennes et fongiques.

Un diastasis sévère, soit un écartement important des muscles grands droits abdominaux, ou une hernie ombilicale peuvent parfois justifier un remboursement partiel, «mais cela reste une bataille», note Cédric Benoit. «Quant aux bras, aux cuisses et à la poitrine, ces chirurgies ne sont que trop peu remboursées.»

Article Le Temps

La Dre Teresa Rotunno a eu l’immense honneur de participer à la rédaction d’un article dans le journal Genevois « Le Temps » traitant du cancer du sein, parût le 14 juin 2023. Cause où lui tenant particulièrement à cœur et pour laquelle elle se sent très engagée.

Le cancer du sein est une préoccupation majeure en Suisse, avec plus d’une femme sur 1000 développant un cancer du sein chaque année, mais la Suisse offre l’un des meilleurs pronostics avec un taux de survie à cinq ans de plus de 80%.

Afin d’améliorer le pronostic du cancer du sein, une prise en charge précoce et de qualité, un accès à un large éventail de traitements médicaux, des compétences spécialisées et un suivi attentif sont essentiels, et c’est pourquoi l’Hôpital de La Tour et les Hôpitaux universitaires de Genève ont établi un partenariat solide axé sur une approche multidisciplinaire et humaine pour offrir des soins de haute qualité. (Optionnel)

Les traitements du cancer du sein comprennent couramment la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie, l’hormonothérapie et la thérapie ciblée. La reconstruction mammaire, étape réalisée par la Dre Teresa Rotunno, est essentielle pour les patientes. Celle-ci leur permet de retrouver une harmonie physique afin que la vision du corps ne soit pas trop impactée. Cette chirurgie peut être réaliser en même temps que la chirurgie d’éradication des cellules cancéreuses. Elle offre un résultat quasiment invisible sous les vêtements et garantit une meilleure qualité de vie aux patientes.

Le suivit du cancer du sein va au-delà des traitements médicaux, incluant des dimensions psychologiques, sociales et émotionnelles.

Pour maximiser les chances de guérison du cancer du sein, il est important de rappeler l’importance du dépistage précoce. Pour cela, il est recommandé de discuter du dépistage avec votre gynécologue ou médecin traitant, et dès l’âge de 50 ans, une mammographie tous les deux ans est vivement recommandée.

Lien de l’article sur le site https://www.letemps.ch/sciences/union-contre-le-cancer-du-sein